mercredi 30 décembre 2009

Mort de rire !


Voici une coupure de presse tirée du quotidien gratuit Direct Soir, dans lequel le sémillant Jacques Séguéla, l'homme de la "Force Tranquille", joue les éditorialistes. Et ce jour-là, il était question de Ségolène Royal, qui n'était plus royale... J'avoue que le papier m'a fait hurler de rire !

Il est vrai que l'ex-mentor publicitaire de Mitterrand a tourné casaque depuis qu'on l'a vu superviser, sans grand succès - la roue tourne ! - telle ou telle campagne électorale pour les besoins de tel ou tel autocrate africain ou d'Europe centrale. Depuis, Séguéla joue volontiers les oracles ; et ne voilà-t-il pas, qu'à l'instar de pas mal d'autres, il s'intéresse à l'avenir politique de Ségolène Royal (mais au fond, pourquoi elle ?), laquelle, malgré son exil charentais, doit souvent méditer la formule : "on ne prête qu'aux riches !", quand on voit la montagne de sondages et de papiers qui lui sont consacrés.

Nous reparlerons, à n'en pas douter, des talents d'oracle de Jacques Séguéla ; c'est précisément la raison pour laquelle j'ai décidé d'archiver cet éditorial, qui m'a vraiment fait hurler de rire !

" "La reine est morte", disent ses ennemis, plus nombreux chaque jour. "Une star ne meurt jamais", se défendent ses fans, de plus en plus fanés... Le désaveu touche au désamour : en cote de popularité, Martine Aubry la devance désormais de vingt points..."

Pour mémoire : aux dernières régionales, Ségolène Royal s'en est allée arracher le fauteuil de présidente de la région Poitou-Charentes à la protégée de Jean-Pierre Raffarin, tandis qu'aux dernières législatives, Martine Aubry offrait gracieusement son fauteuil de députée à son concurrent de l'UMP. D'où l'affection sans limite de M. Séguéla pour Madame Aubry ; c'est humain !

Il y a tout de même une anomalie dans tout ce discours qui se voudrait dévastateur pour Ségolène Royal : puisqu'elle semble tellement hors du coup, comment expliquer le peu d'empressement mis par certains ténors de l'UMP de se porter candidats à la reconquête de la Région Poitou-Charentes ? On pense à un Jean-Pierre Raffarin, qui doit, tous les jours, ruminer la perte de la région par sa protégée, en 2004, ou encore à un Frédéric Lefebvre, toujours pas ministre, même pas sous-secrétaire d'État, et qui doit trouver les journées bien longues. Face à la Bécassine du Poitou, Frédéric Lefebvre ne devrait pas avoir trop de mal à l'emporter, non ? A moins que ce brave homme ne soit pas aussi "couillu" qu'il le prétend !

Par ailleurs, il semble que Monsieur Séguéla soit devenu hémiplégique, ou en tout cas, ait le cerveau terriblement sélectif - et en cela, il n'est pas le seul -, ce qui l'amène à zapper un certain nombre d'autres sondages, selon lesquels, par exemple - entendu sur Europe 1 la semaine dernière - Ségolène Royal arriverait en deuxième position, derrière D. Villepin et devant R. Yade, des personnalités ayant causé le plus de fil à retordre à Nicolas Sarkozy en 2009, ou encore cet autre sondage, révélant que Ségolène Royal arriverait en tête des présidents de Conseil Régional connus de leurs administrés, loin devant Georges Frêche. C'est dire si Madame Royal est loin de connaître le désamour espéré par notre publicitaire quelque peu avachi !

Jacques Séguéla, ou l'art de prendre ses désirs pour des réalités !



lundi 14 décembre 2009

Politocratie


Jean-Michel Normand écrit des articles dans le quotidien Le Monde. Jean-Michel Normand est un politocrate. Vous vous demandez certainement ce que c'est qu'un politocrate. C'est comme bureaucrate, phallocrate, autocrate, ploutocrate... La devise des politocrates pourrait être cette formule par laquelle Jules-Edouard Moustique entame toujours ses apparitions télévisées : "L'actualité, c'est vous qui la vivez, c'est nous qui en vivons."

Le politocrate Jean-Michel Normand s'est, donc, fendu d'un long papier dans Le Monde daté du 12 décembre 2009, un papier entièrement consacré à Ségolène Royal, sur une pleine page. Accroche : "Ségolène Royal multiplie les coups d'éclat, qu'elle décide parfois seule. Le but : s'adresser directement à l'opinion, au-delà du parti socialiste." Suit ce gros titre : La tactique du défi permanent.

Nous y lisons, entre autres choses, ceci : Ségolène Royal peut se flatter d'avoir expérimenté un mode opératoire inédit : détourner un événement politique extérieur afin de l'amplifier et d'en devenir l'épicentre. Ce fut le cas de son attaque en piqué, qui, le 14 novembre, a semé le trouble, à Dijon, lors de la réunion du Rassemblement socialiste, écologiste et démocrate. Ou du brulôt de sa proposition formelle d'alliance dès le premier tour en Poitou-Charentes, expédiée en plein congrès du Modem réuni à Arras...

Détourner un événement politique extérieur, nous dit Monsieur Normand. Et c'est là qu'on aimerait savoir en quoi la réunion d'un club socialiste, dont nous savons que sa seule raison d'être, à l'origine, fut de soutenir la candidature de Ségolène Royal à la tête du parti, serait assimilable à un événement politique extérieur (à Ségolène Royal, s'entend) ; du reste, il suffit de lire, dans les forums de discussion, les contributions des militants dudit courant, pour comprendre que, pour l'écrasante majorité d'entre eux, Ségolène Royal était chez elle à Dijon ! Quel dommage que monsieur Normand n'ait pas commencé par reconnaître cette évidence ! Cela lui aurait probablement évité de pondre un long article, pour le coup, devenu obsolète !

Quant à la proposition d'une alliance avec le Modem, lors des prochaines régionales, on ne voit pas très bien, là encore, ce que cela a d'extérieur..., s'agissant d'une proposition destinée uniquement au Modem local et non à l'appareil du parti de François Bayrou.

Jean-Michel Normand : (...) La bataille pour 2012, désormais, n'est plus celle du Parti mais celle de l'opinion, à laquelle il faut adresser régulièrement des messages. (...) Au PS, justement, beaucoup évoquent une fuite en avant... Ségolène Royal radicalise ses formes d'intervention. Elle est devenue un leader populiste de gauche. Et les populistes ne font pas de la politique comme les autres... Ce décalage entre le PS et celle qui a porté ses couleurs en 2007 fait resurgir la question récurrente...

À propos du "beaucoup évoquent une fuite en avant...", on se demande à qui M. Normand fait allusion : aux apparatchiks du Parti socialiste ou aux militants ? Et là, on se demande sérieusement si J.-M. Normand a la moindre idée du métier de "personnage politique", lui qui semble avoir oublié que la direction du parti socialiste n'a toujours pas porté plainte contre les deux journalistes qui l'ont, par pamphlet interposé, accusée d'avoir bourré les urnes lors de la désignation du premier secrétaire. Le même Normand semble s'étonner qu'un(e) élu(e) du peuple communique avec le peuple, ne serait-ce que pour rendre compte de l'avancement du mandat qui lui a été confié. Quant à la bataille pour 2012, où Monsieur Normand a-t-il entendu Ségolène Royal affirmer qu'elle constituait son horizon immédiat ? Dans toutes ses interventions récentes, Ségolène Royal a toujours affirmé qu'elle avait d'autres préoccupations pour le moment. N'est-ce pas faire preuve d'une phénoménale mauvaise foi que de s'entêter à faire dire à quelqu'un le contraire de ce qu'il/elle dit ?

Par ailleurs, notre politocrate du Monde semble avoir oublié un des fondements mêmes du système bonapartiste mis en place par De Gaulle en 1958/1962, consistant à faire de l'élection présidentielle la rencontre d'un homme/d'une femme avec le peuple, le tout, sans recours aucun (surtout pas !) à l'intermédiation d'un parti politique. Jean-Michel Normand imagine-t-il Charles de Gaulle suspendu à l'investiture d'un parti politique pour se présenter à l'élection présidentielle ?

Malgré toutes ses contorsions, pour, in fine, se contenter de répéter les mêmes choses entendues mille fois au sein d'un certain microcosme (Ségolène : la cousine un peu marginale de la famille), Jean-Michel Normand a tout de même réussi quelque chose qu'il n'avait certainement pas prévu, à l'entame de son papier : nous prouver que Ségolène Royal est la seule responsable du parti socialiste à avoir parfaitement intégré les fondamentaux de la Cinquième République, d'où ce qu'il appelle le "décalage" avec le Parti !

Parce qu'il faudra bien que les bonapartistes refoulés du ci-devant Parti socialiste finissent par intégrer le fait que les partis politiques n'ont strictement rien à voir avec l'élection du Président de la République au suffrage universel, et que ceux qui en doutent relisent les mémoires de De Gaulle !

Par ailleurs, rappelons que, lors de la présidentielle de 2007, la cousine un peu marginale a quand même obtenu une trentaine de points de plus que Jospin en 2002 ; elle est arrivée, au second tour, en tête dans des circonscriptions régulièrement perdues par la Gauche (comme dans le 5ème arrondissement de Paris, où Lyne-Cohen Solal s'est toujours ramassée, ou encore à Drancy, où le député-maire, Jean-Christophe Lagarde, a fait un carton aux législatives puis aux municipales, etc.) ; sans parler des Dom-Tom, où elle a fait beaucoup mieux que Jospin et la "régionale de l'étape", Christiane Taubira, réunis, en 2002 !

On se rappellera aussi qu'en 2007, Martine Aubry a "offert" son fauteuil de député à son concurrent de l'UMP, gentillesse que Vincent Peillon avait déjà commise, pour sa part, en 2002, avant de la rééditer en 2007, alors même que Ségolène Royal, quant à elle, mettait ses actes en accord avec ses paroles, en renonçant à son siège de député, tout en trasmettant le flambeau à Delphine Batho, histoire de conserver la circonscription à gauche. Voilà ce que monsieur Normand appelle agir en cousine marginale !

Quant au concept même de "coup d'éclat", monsieur Normand, dont on se demande si c'est un observateur neutre (= objectif) de la vie politique, ou alors le porte-parole de telle ou telle obédience partisane, n'hésite pas à avancer qu'"à plus court terme, une autre question contrarie (sic !) les dirigeants socialistes : quel coup d'éclat pourrait bien tenter Ségolène Royal, qui se rendra, mardi 15 décembre à Copenhague, au sommet sur le réchauffement climatique ?"

Et là, on pourrait imaginer tout ce qui pourrait "contrarier" les grands manitous du parti de la Rue Solférino : qu'Heuliez soit définitivement sauvé et que la présidente du conseil régional de Poitou-Charente profite de son séjour danois pour faire avancer la cause de la petite voiture électrique, attirant de nouveaux investisseurs au passage ? Que le prototype de lycée Haute Qualité Environnementale, créé en Poitou-Charentes, fasse des émules dans le monde entier ? Bref, que la région Poitou-Charentes, par l'intermédiaire de sa présidente, s'offre, et partant, offre à la France, un beau coup de pub au niveau international ?

Rappelons à Jean-Michel Normand le dernier coup d'éclat de Ségolène Royal au niveau international : lors de la commémoration du vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, Ségolène Royal est la seule représentante du parti socialiste à avoir fait le voyage, en tout cas la seule qui se soit fait remarquer, et surtout la seule, de tous les intervenants, à avoir souhaité voir tomber "tous les murs", on pense, notamment, à ce mur qui défigure la Palestine..., comme on se souvient que Ségolène Royal fut, durant la dernière campagne présidentielle, la seule personnalité socialiste à faire le voyage de Gaza, après avoir fait un crochet par le Liban, où elle a tenu à rencontrer tous les protagonistes de la scène politique. Pour fréquenter un bon nombre de Musulmans (comme de Juifs) depuis pas mal de temps, je suis en mesure de témoigner que nombreux furent les Arabes de France à lui en savoir gré, et je suppose que, là encore, Monsieur Normand y aura vu un signe de "marginalité", face à un Parti Socialiste que l'on n'a jamais entendu critiquer, ne serait-ce qu'un peu, la politique coloniale menée par Israël en Palestine, par exemple !

Mais le plus drôle du papier de notre politocrate du Monde, c'est ce verdict - que nous reproduisons dans son intégralité - affiché en exergue de son article, où l'auteur joue volontiers les oracles :

Se différencier du PS ne paie plus

Lors des primaires socialistes de 2006 et lors de la campagne présidentielle de l'année suivante, Ségolène Royal avait largement construit sa popularité en s'inscrivant en décalage par rapport au Parti socialiste. Il semble que cette prise de distance joue désormais à son détriment si l'on en croit le sondage BVA pour "La Matinale" de Canal+ publié vendredi 11 décembre.

Selon cette enquête (réalisée le 9 et 10 décembre, auprès d'un échantillon de 1020 personnes interrogées via Internet selon la méthode des quotas), une majorité de 62 % estime que Mme Royal devrait "soutenir les positions défendues par son parti" alors que 36 % considèrent, en revanche, qu'elle a raison d'"afficher son indépendance".

Par ailleurs, 74 % des personnes interrogées (66 %, chez les sympathisants de gauche) pensent que Mme Royal Royal constitue un "handicap" plutôt qu'un "atout" (26 %) pour la gauche. Enfin, interrogés sur la décision que devrait prendre l'ancienne candidate si elle devait quitter le PS, 35 % souhaitent qu'elle crée un nouveau parti et 45 % qu'elle cesse de faire de la politique (contre 39 % chez les sympathisants de gauche).

"Ségolène Royal avait suscité un immense espoir, et parfois une adhésion enthousiaste, mais le coeur n'y est plus", souligne Gaël Sliman, directeur du département opinion de BVA. Constatant que l'ex-candidate "est à présent largement distancée par les autres présidentiables", il pense que "sa seule chance de jouer les trublions dans des primaires socialistes serait que ses adversaires se divisent".

Fin du papier de Jean-Michel Normand.


Observons, en passant, que notre politocrate est réellement obnubilé par l'élection présidentielle de 2012, alors même que, pas une fois, l'élection à venir, à savoir le renouvellement des présidents des conseils régionaux, n'est évoquée, ce qui est, tout de même, incroyable !

Observons encore que Ségolène Royal semble être la seule personnalité politique dont l'avenir politique fasse l'objet de tant de spéculations, jusqu'à évoquer l'abandon de la vie politique, elle qui préside une région, quand d'autres doivent se contenter d'une mairie (ex. Martine Aubry) voire de quelques cantons (ex. François Hollande, Claude Bartolone), sans parler de ceux qui n'ont aucune circonscription hexagonale (ex. Vincent Peillon, Harlem Désir) voire se sont plantés aux dernières européennes (ex. Benoît Hamon) !

Questions : à propos de cette injonction : "Mme Royal devrait soutenir les positions soutenues par son parti", de quoi parle-t-on exactement ? De positions prises par le Parti après un vote régulier ? Monsieur Normand peut-il dresser une liste de "positions soutenues officiellement par le PS" et que Mme Royal n'aurait pas respectées ? La fraude commise lors du vote pour les motions fait-elle partie des positions soutenues par le parti ? L'opinion de tel ou tel apparatchik représente-t-elle une position soutenue par le parti ? Par exemple, en ce qui concerne les alliances avec le MoDem, l'alliance conclue par Martine Aubry, à Lille, vaut-elle "position soutenue par le Parti" ? Dans ce cas, comment Monsieur Normand va-t-il pouvoir nous expliquer que la même attitude, prônée en Poitou-Charentes, par Ségolène Royal, soit assimilée à une "marginalisation" ?

Autre chose : la soumission à une soi-disant "position soutenue par le parti" vaut-elle pour tous les socialistes ou uniquement pour Ségolène Royal ? On pense à la dissidence de Jean-Luc Mélenchon, élu sénateur sur une liste socialiste, et qui s'en va faire liste commune avec les communistes. Cette désertion relève-t-elle d'une position soutenue par le PS ? Et que dire des missions de Jack Lang pour Nicolas Sarkozy, à Cuba puis en Corée du Nord : faut-il comprendre, là encore, que le Parti socialiste avait, préalablement, donné son accord ? Tout comme il avait forcément donné son accord à l'entrée de Bernard Kouchner au gouvernement, de même qu'il avait autorisé Michel Rocard à codiriger une commision sur le grand emprunt... Autant dire que la fameuse formule : "Strauss-Kahn, à Washington, Kouchner, avec nous, Jack Lang, avec moi !", récemment entendue dans la bouche de son DRH, a été lue et approuvée par le PS !

Parlons du "handicap" que représenterait, pour le PS, celle qui, en 2004, a arraché la région Poitou-Charentes aux protégés de Jean-Pierre Raffarin. Celle-là serait plus "handicapante" pour le parti, que tous ceux, nombreux, à l'instar de Martine Aubry, Vincent Peillon..., qui ont fait cadeau de leur circonscription à la droite ? Parce qu'il faut bien supposer que Jean-Michel Normand est logique !

Voilà, donc, que Jean-Michel Normand, à la suite de BVA, s'inquiète de l'avenir de Ségolène Royal, et ce, à l'exclusion de l'avenir de tout autre responsable politique français ! La sagesse populaire ne dit-elle pas qu'on ne prête qu'aux riches ?

Précisément, à propos de "richesse", notamment en matière de notoriété, il semble que monsieur Normand soit un commentateur hémiplégique, ne disposant que d'une moitié de cerveau, de manière à ne voir les choses que sous l'aspect qui l'arrange. Parce que son papier, paru le 12 décembre, a été précédé d'un certain nombre de sondages, dont un sondage LH2 pour France Bleu, que notre politocrate a délibérément zappé :


Il ressort, donc, d'un autre sondage que celui évoqué par J.-M. Normand, qu'en termes de notoriété, Ségolène Royal arrive loin devant tous ses collègues présidents de conseil régional. Et c'est précisément en cela que l'on reconnaît les politocrates : dans leur incapacité à analyser scientifiquement les choses, se contentant, la plupart du temps, à se réfugier derrières truismes et lieux communs !

La France est un pays riche en politocrates, lesquels se font régulièrement passer pour les analystes politiques qu'ils ne sont pas, faute de rigueur scientifique. Ainsi ce pauvre Jean-Michel Normand, qui prend ses lecteurs pour des imbéciles, pour les croire incapables d'aller puiser d'autres informations que l'eau tiède qu'il leur sert à longueur de colonnes.

A l'image de ses collègues politocrates, on voit bien que J.-M. Normand n'est qu'un vulgaire commentateur de sondages : on croit qu'il analyse une situation, en fait, il se contente de paraphraser les chiffres tombés de BVA, CSA, Opinion Way... Parce que les politocrates ne sont que des girouettes, qui ne se hasardent à livrer un commentaire qu'après avoir humé d'où vient le vent des sondages. Et en ce moment, il semble que les sondages (pour 2012, vous aviez compris, parce qu'en dehors de la présidentielle, pas de vie publique qui vaille !) donnent Ségolène Royal devancée par..., par qui déjà ? Elle est la seule "présidentiable" à présider une région, soit autour d'un vingt-cinquième de la France, ce qui fait du Poitou-Charentes un excellent laboratoire. Mais précisément, malhonnêteté intellectuelle oblige, Jean-Michel Normand et ses compères politocrates semblent se désintéresser complètement de ce qui va se passer dans les régions, notamment en Poitou-Charentes, ce qui les dispense de répondre à cette question lancinante : mais alors, puisque Ségolène Royal est à ce point affaiblie, comment expliquer que les ténors de l'UMP se dégonflent l'un après l'autre (pourquoi Dominique Bussereau, pour affronter Ségolène Royal, et non pas Frédéric Lefebvre, lequel, normalement, ne devrait avoir aucun mal à terrasser la Bécassine du Poitou, à moins que Monsieur Lefebvre ne soit qu'un trouillard !), à la perspective de ramener le Poitou-Charentes à la droite ? La victoire de l'UMP devrait être courue d'avance, non ? À moins que les politocrates ne nous prennent vraiment pour des imbéciles, ce qui explique qu'ils zappent systématiquement cet important rendez-vous électoral.

Pour en finir avec monsieur Jean-Michel Normand, qui en est encore à faire du journalisme à la mode de Grand-Papa, ce monsieur et ceux de sa corporation devraient savoir qu'aujourd'hui, sur Internet, quelques clics de souris suffisent pour s'offrir des centaines, milliers, millions de pages d'opinions diverses sur une question, et le fait, pour les représentants d'une certaine presse écrite, d'en être encore à sélectionner des sondages, pour leur faire dire ce que l'on aimerait bien qu'ils disent, relève d'une conception tellement archaïque du journalisme qu'il ne faut pas s'étonner que les lecteurs férus d'information non biaisée, comme les couches les plus instruites ainsi que les jeunes générations finissent par se détourner de cette presse-là !



À bon entendeur !


Post-scriptum :

Obnubilé par la "cousine un peu marginale de la famille", notre politocrate du Monde en a oublié - mais les politocrates sont volontiers amnésiques, non ? - ces temps, pas si anciens, où le Parti socialiste était taxé d'"inaudibilité" et de manque de pugnacité face à la droite : "mais où donc est passée la Gauche et que fait le PS ?", entendait-on clamer partout. Le PS ? Celui de François Hollande, d'abord, puis de Martine Aubry, ensuite. Au point qu'on nous a expliqué, à longueur de colonnes et moyennant moult enquêtes d'opinion, qu'Olivier Besancenot serait devenu le premier des opposants à Nicolas Sarkozy.

Et voilà que d'autres politocrates nous disent, sondages à l'appui, que Ségolène Royal devrait se couler dans le moule PS, en clair, qu'elle devrait, elle aussi, participer à l''inaudibilité" du Parti ; est-ce bien cela que J.-M. Normand tente de démontrer ?

Parce que, des interventions tonitruantes, contre le pouvoir sarkozyste, Ségolène Royal s'est fait une spécialité. Souvenons-nous de ce passage au JT de 20 heures sur France 2, face à David Pujadas. Nous sommes à quelques jours du second tour des législatives de 2007. France 2 vient de consacrer un long reportage au régional de l'étape, Alain Juppé, sans qu'à aucun moment son adversaire socialiste ne soit citée, lorsqu'intervient, en direct, l'interview de Ségolène Royal, qui ne va faire qu'une bouchée de l'infortuné Pujadas. Mme Royal commence par tacler la partialité du reportage, qu'elle juge un peu trop favorable au maire de Bordeaux ; la suite est tout simplement gratinée :

- Elle s'appelle Michèle Delaunay, Mi-Chè-le De-lau-nay, tonne-t-elle, annonçant dans la foulée son prochain passage à Bordeaux pour soutenir sa consoeur socialiste. Un grand moment de télévision. On connaît la suite : Alain Juppé battu dans la "circonscription du maire", au point d'avoir dû abandonner son poste de N° 2 du gouvernement Fillon I.

J'encourage vivement Jean-Michel Normand à interroger Alain Juppé et d'autres (ex. les ex-maires de Strasbourg ou Toulouse, dont les concurrents PS ont reçu la visite de Ségolène Royal), sur le "handicap" que cette dernière ferait peser sur le Parti socialiste, notamment lors des campagnes électorales.

Ceux qui ont un peu de mémoire se souviendront aussi de cette autre interview télévisée, toujours sur France 2, un dimanche, face à Vincent Delahousse et au - en temps normal - très volubile Bruno Solo, lequel, ce jour-là, donnait l'impression d'avoir avalé sa langue ! Ségolène Royal va consacrer un long passage aux fausses promesses de Sarkozy à propos du site industriel de Gandrange (lequel ne se trouve pas en Poitou-Charentes.). J'en connais qui ont été impressionnés, notamment par ce passage, où Mme Royal évoquait le coeur du site sidérurgique, le four :

- Les ouvriers l'appellent "la cathédrale".

Même Bruno Solo en est resté bouche bée.

Et puis il y a eu, il n'y a pas si longtemps, cette réunion des politiciens en barboteuse du PS, quelque part dans le sud de la France, ceux qui s'appellent les "quadras", pour parler des primaires et se regarder le nombril. Et c'est là qu'intervient une déclaration apparemment anodine, de Ségolène Royal, le genre de chose auquel les chaînes nationales de radio et télévision accordent royalement deux minutes et des poussières. Il y était question de la taxe carbone. Et allez comprendre pourquoi, quelques jours plus tard, le landerneau politique ne se préoccupait plus que d'une chose : de la taxe carbone vilipendée par Ségolène Royal, ce qui a eu pour effet de déstabiliser jusqu'aux écologistes eux-mêmes, plus que gênés aux entournures, d'autant plus que les premiers sondages n'ont pas tardé à insinuer que la majorité des personnes interrogées étaient défavorables à ladite taxe.

J'encourage vivement Jean-Michel Normand et les politocrates de sa corporation à demander à Messieurs Fillon, Borlo et consorts de l'UMP qui, de Ségolène Royal, Cohn-Bendit, Duflot ou Martine Aubry a infligé les plus grosses secousses au gouvernement en matière de taxe carbone !

Mon petit doigt me dit deux choses :
1) que les principaux responsables de droite ont dû faire "ouf" en apprenant que Ségolène Royal ne serait pas la première secrétaire du PS ;
2) qu'à l'approche des élections régionales, les ténors de l'UMP redoutent par-dessus tout une chose : que Ségolène Royal soit - de facto - intronisée par ses pairs, présidents (PS) de région sortants, en qualité de chef d'Etat-major, histoire de booster la campagne, car, avec une telle cheftaine à leur tête, je vois au moins une région de plus, probablement l'Alsace, tomber à gauche.

mercredi 9 décembre 2009

"Prototype"



Ce qui suit est un courrier que j'ai adressé au Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples, MRAP, comme suite à la plainte qu'il a introduite contre Brice Hortefeux, ministre français de l'Intérieur, lequel aurait tenu des propos racistes à l'égard d'un jeune militant UMP d'origine nord-africaine.

/.../

Le 8 décembre 2009


Objet : Brice Hortefeux


Destinataire : MRAP, Paris


Monsieur le secrétaire général du MRAP,

Les propos de Brice Hortefeux, en septembre dernier, en marge d'une manifestation de l'UMP, ont abondamment défrayé la chronique, au point de susciter une plainte de votre part contre le ministre de l'Intérieur, accusé de racisme anti-arabe.

Je dois vous avouer que, dans un premier temps, je me suis totalement désintéressé de la question, puis j'ai fini par faire comme beaucoup de gens, en consultant les médias ainsi que les nombreuses vidéos disponibles sur Internet.

Je reproduis, ci-dessous, deux citations, récupérées sur Internet, soit sur un site journalistique (neutre) et un site « communautaire » ouvertement anti-Hortefeux.


I. Source : latribune.fr

Le Mrap porte plainte contre Brice Hortefeux, accusé de racisme PARIS (Reuters) - Le Mrap a décidé de porter plainte contre le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux pour "diffamation à caractère raciste" après ses propos ambigus envers un militant UMP d'origine maghrébine.

Dans un communiqué, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples juge les propos du ministre "profondément humiliants et attentatoires à la dignité et la considération des personnes d'origine arabe".

Brice Hortefeux, soutenu par de très nombreux membres du gouvernement et l'UMP, s'est défendu d'avoir "mentionné une quelconque origine" lorsqu'il s'est adressé à un jeune militant UMP d'origine maghrébine le 5 septembre, sur le campus d'été des Jeunes UMP à Seignosse (Landes).

Mais pour le Mrap, Brice Hortefeux "a non seulement failli à son statut de ministre qui représente les valeurs de la République, mais de surcroît a participé à l'incitation à la discrimination, confortant ainsi les préjugés racistes en y apportant sa contribution". En conséquence, l'organisation demande sa démission de son poste ministériel.

LA LICRA JUGE LA POLÉMIQUE "CLOSE".

En revanche, pour la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), la polémique est close. "Le ministre a clairement réaffirmé à la Licra sa détermination à lutter contre toutes les formes de discrimination et de travailler utilement aux questions d'intégration", explique l'organisation non gouvernementale, présidée par l'ancien député européen UMP Patrick Gaubert. "La Licra ne participera pas à la polémique politico-médiatique (...) et considère cette affaire comme close pour elle", ajoute-t-elle.

Depuis la diffusion sur internet de la vidéo dans laquelle on l'entend tenir les propos mis en cause, l'opposition réclame la démission de Brice Hortefeux.

Plusieurs associations ont en outre demandé des excuses au ministre. Mais le secrétaire général de la présidence, Claude Guéant, a affirmé sur RTL que Brice Hortefeux n'avait pas à s'excuser pour une phrase "sortie de son contexte".

Dans l'enregistrement réalisé par des journalistes des chaînes Public Sénat et LCP, on entend un militant dire à propos du jeune homme, membre de la section Auvergne de l'UMP: "C'est notre petit Arabe." Ce à quoi le ministre semble répondre : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes."

Assurant qu'il parlait des Auvergnats, dont il est aussi question dans cette conversation, Brice Hortefeux a tenté de faire taire la polémique. Il a notamment partagé un dîner de rupture du jeûne du ramadan vendredi avec des musulmans à Clermont-Ferrand et devait faire de même lundi soir à Paris, à l'invitation du Conseil français du culte musulman.

Grégory Blachier et Gérard Bon, édité par Yves Clarisse


II. Source : lesogres.info

Le script verbatim :

Ahmid demande à être photographié en compagnie de Jean-François Copé et de Brice Hortefeux.

Hortefeux dit quelque chose qui fait rire le jeune homme (pas audible)
- Copé : - N’oubliez jamais un truc, il est auvergnat..
- Hortefeux : Je suis auvergnat.... (le reste n’est pas audible)
- Copé : - Et auvergnat, c’est un drame.. un drame.
- Hortefeux s’écartant : - Bon, je vais faire un exception
- Ahmid s’approchant timidement pour poser pour la photo : - Je me mets entre les deux.
- Copé : - Pour moi, aucun problème, moi.
- Un homme s’apprêtant à les photographier : - Oh Ahmid... Ahmid Hamilton, c’est d’un drôle !
Les gens les regardant réunis tous les trois : - Ah ça c’est de l’intégration. C’est de l’intégration, Ahmid ! Franchement !
- Hortefeux : - Il est beaucoup plus grand que nous en fait.
Des gens derrière eux les interpellent en riant : - Lui, il parle arabe. (peut-être une réponse humoristique à l’affirmation d’Hortefeux sur le fait que tout est parti de paroles où il dit qu’il est si auvergnat qu’il parle auvergnat !)
Copé se retournant et d’adressant à Ahmid : - Ne vous laissez pas impressionner, c’est des socialistes infiltrés, surtout elle.
Une dame (la "surtout elle" de Copé) touchant le visage et les cheveux d’Ahmid : - Il est kabyle, il est kabyle... Il mange du cochon et il boit de la bière.
Hortefeux en souriant : - Bon, il ne correspond pas au prototype alors. C’est pas du tout ça !
Hortefeux : - Il en faut toujours un, quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup que ça créé des problèmes.

Puis se retournant, il s’en va en disant : - Allez, bon courage !
Ahmid : - Merci !


Chers amis du MRAP,

Nous sommes le 8 décembre, soit pas loin de trois mois après la polémique en question, et après la consultation de dizaines de sites Internet traitant des propos de Brice Hortefeux, je dois vous avouer mon admiration, s'agissant de la sagacité dont vous avez fait preuve, au point de comprendre, en un rien de temps, que Hortefeux était raciste. Parce que, figurez-vous que moi, trois mois après, je m'interroge toujours !

De chacune des deux citations précédentes, j'ai extrait un passage que j'estime particulièrement significatif :

I. Source : latribune.fr

« Dans l'enregistrement réalisé par des journalistes des chaînes Public Sénat et LCP, on entend un militant dire à propos du jeune homme, membre de la section Auvergne de l'UMP : "C'est notre petit Arabe." Ce à quoi le ministre semble répondre : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes." »

Fin de citation

II. Source : lesogres.info

« Une dame (la "surtout elle" de Copé) touchant le visage et les cheveux d’Ahmid : Il est kabyle, il est kabyle... Il mange du cochon et il boit de la bière.
Hortefeux en souriant : - Bon, il ne correspond pas au prototype alors. C’est pas du tout ça !
Hortefeux : - Il en faut toujours un, quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup que ça créé des problèmes. »

Fin de citation


Entre nous, avouez que les deux citations ne collent pas complètement !

« Moi, j'ai lu et entendu partout, que Brice Hortefeux aurait dit : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes." »

Et c'est précisément cette phrase-là qui a déclenché la polémique. Le problème est qu'avant cette fameuse phrase, dans le style : « un ça va...», Hortefeux a dit autre chose que peu d'observateurs et de commentateurs ont entendu, mais que l'on retrouve dans la seconde citation :

"Hortefeux en souriant : Bon, il ne correspond pas au prototype alors. C’est pas du tout ça !"

Reconnaissons au passage que c'est sur un site ouvertement communautaire, et franchement anti-sarkozyste et anti-Hortefeux, que l'on a la transcription la plus fidèle des propos du ministre !

Il ne correspond pas au prototype, dit le ministre. Mais pourquoi, ai-je tout de suite pensé, parle-t-il de prototype, terme qui aurait plutôt correspondu à un processus de fabrication, comme on en connaît dans l'industrie ? Et s'il avait voulu dire autre chose ?

Et c'est là que je me dis que le ministre a commis un quasi-lapsus, peut-être l'a-t-il même fait volontairement.

En effet, tout part de cette charmante militante UMP, qui semble connaître le jeune Ahmid, qui boit de la bière et mange du cochon..., ce qui, selon le ministre, ne correspondrait pas au prototype, en fait, au STÉRÉOTYPE... !

Savez-vous ce que c'est qu'un stéréotype, chers amis du MRAP ?

C'est un poncif, une image d'Epinal, une « pseudo-vérité » colportée depuis belle lurette au point de sembler vraie. Quelques exemples : les Juifs ont de l'argent (cf. le gang des Barbares), les (footballeurs) Italiens sont des tricheurs (cf. certains supporters français) ; les Allemands sont ultra-disciplinés, les Gitans sont des voleurs de poules, les Chinois sont sournois et obséquieux, les Africains sont tous polygames, les Musulmans tyranisent leurs épouses, les Blancs sont tous racistes, etc.

Bref, un stéréotype, c'est une croyance à laquelle les gens simples adhèrent un peu trop rapidement... Mais Brice Hortefeux, qui est un homme courtois, du moins le pensé-je, n'a pas voulu vexer sa militante UMP, c'est la raison pour laquelle il commet ce quasi-lapsus en édulcorant le stéréotype en prototype.

C'est, en tout cas, la conclusion à laquelle je suis parvenu après bientôt trois mois de cogitations. Et j'ai la prétention de croire que c'est moi qui ai raison. Et c'est là que ça devient intéressant.

Question : Brice Hortefeux émet la thèse du prototype/stéréotype pour y adhérer ou plutôt pour s'en détacher ? L'utilisation du terme (prototype/stéréotype) ne contient-elle pas, en filigrane, un début de désapprobation des propos de la militante UMP ?

Ma conviction est que le ministre prend (gentiment) ses distances avec le poncif formulé par son interlocutrice : « les Arabes sont comme ci, ou comme ça, sauf celui-là... », sous-entendu, lui au moins n'est pas comme les autres. En évitant de parler de stéréotype, Brice Hortefeux n'a-t-il pas voulu ménager la susceptibilité de la militante de l'UMP ?

Voici, en substance, ce que, selon moi, Brice Hortefeux a voulu dire, en substance : « Chère madame, ce jeune homme ne correspond pas au stéréotype, à l'image d'Epinal que vous vous faites des Arabes : lui mange du porc et boit de la bière, ce qui en fait, selon vous, un « bon Arabe » ; car j'imagine que vous devez également penser, à propos des Arabes, que quand il y en a un, ça va ; c'est quand il y en a beaucoup qu'il y aurait des problèmes. »

On comprend mieux la suite, avec les hésitations du ministre à propos de la portée réelle de sa déclaration.

Entre nous, amis du MRAP et d'ailleurs, seriez-vous prêts à jurer, la main sur le cœur, que ce que j'avance est faux ? Et pouvez-vous certifier qu'il n'y a pas l'ombre d'une chance pour que mon analyse soit exacte ?

Franchement, j'ai du mal à comprendre que vous - tout le monde ! - soyez tombés dans le panneau consistant, dans un premier temps, à lire les propos du ministre avec de grosses loupes déformantes et, dans un deuxième temps, à saisir systématiquement les tribunaux à propos de tout et de rien. Je sais que la chose est à la mode, en ces temps de « juridictionnalisation » de la moindre polémique, comme si les magistrats n'avaient pas autre chose à faire !

Je sais bien que le français est une langue subtile, mais toutes les langues le sont : la langue des Inuit n'a-t-elle pas des dizaines de mots pour désigner toutes les nuances de la neige, et l'arabe et le berbère n'ont-ils pas des dizaines de termes pour désigner toutes les nuances du sable ou du désert ou tous les avatars de tel animal (chameau/dromadaire) ? Toutes nuances difficilement perceptibles par l'outsider, l'étranger ?

C'est précisément un critère de bonne intégration dans une culture que la maîtrise parfaite de certaines subtilités de la langue. Et là, je dois avouer qu'en ces temps de parlote autour de l'identité nationale, le tohu-bohu provoqué par les propos (anodins) de Brice Hortefeux nous révèle que la maîtrise du français, au sein du microcosme politico-médiatique, laisse encore énormément à désirer !

Je vous signale, en passant, que j'adresse une copie de la présente à Monsieur Hortefeux, et que je l'autorise à en faire l'usage qu'il voudra, y compris devant un tribunal.

Personnellement, je ne saurais affirmer que Brice Hortefeux n'ait jamais tenu de propos racistes, ne connaissant pas l'homme. Mais ce dont je suis à peu près certain, c'est qu'il n'y a pas l'ombre d'une attaque raciste dans les propos qu'il a tenus en présence du jeune Ahmid, l'épisode en question ne justifiant en rien une procédure judiciaire.

Et pour que les choses soient bien claires, je suis un sympathisant de gauche ; j'ai soutenu la campagne de Ségolène Royal, dont j'estime qu'elle a été, en 2007, la meilleure candidate à la présidentielle et qu'elle reste la personnalité politique qui a le mieux compris l'état de la France, à commencer par les couches populaires, de même qu'elle est, et de loin, la personnalité française qui jouit de la meilleure image en Afrique, notamment depuis un certain (contre-)discours de Dakar ! J'estime, donc, qu'en 2007, les Français ont misé sur le mauvais cheval, et je suis navré de voir des gens comme Hortefeux perdre leur temps et leur énergie au service d'un aussi piètre "général de brigade" !

Mais le fait d'être de gauche et peu suspect de sarkophilie ne me semble nullement incompatible - ce serait même tout le contraire ! - avec un minimum d'honnêteté intellectuelle, qualité qui semble faire cruellement défaut à bien des commentateurs (notamment à gauche !), dont la mauvaise foi ne sert en rien l'antiracisme dont ils prétendent se réclamer.

Je précise, s'il en était besoin, que je suis Africain à 100 %, non naturalisé Français, détenteur d'une carte de résident de 10 ans (2007-2017), que je travaille, et que je n'ai pas la moindre intention d'adhérer à l'UMP ni de réclamer quelque service que ce soit à Monsieur Hortefeux. Du reste, à propos du jeune Ahmid, je lui adresserais volontiers un message de soutien et de sympathie, même si j'estime qu'à son âge, on est généralement contestataire, donc plutôt de gauche (encore un stéréotype !).

Ma conviction, chers amis antiracistes, est que vous allez devoir retirer votre plainte, à moins que vous ne cherchiez à vous couvrir de ridicule ! Mais au ridicule, nul n'est tenu !

Veuillez tout de même agréer l'expression de mes salutations distinguées.

R. W.


P.s. Je suppose que vous avez aussi porté plainte contre les propos, ouvertement racistes, eux, de Manuel Valls, maire d'Evry, à propos du trop faible nombre de "blancos"... ?

vendredi 6 février 2009

El caudillo



Mercredi, 11 février 2009


"Je serai le président du pouvoir d'achat !", avait-il claironné sur tous les tons. Cette bonne blague ! "Et puis, Gandrange, comme voyage de noces, c'est l'idéal..." Et là, on se roule par terre, de rire !

Et voilà que, l'autre jeudi, on apprend qu'il va parler. Comment ça, parler ?, se demandent quelques mauvais esprits. Mais il ne fait que ça tous les jours : le lundi, il est à Carcassonne, le mardi à Strasbourg, le mercredi à Etampes, le jeudi en Israël, le vendredi en Egypte, le samedi en Jordanie, le dimanche à Pétaouchnock, le lundi suivant à Bruxelles, le mardi à Toulon, le mercredi à Sochaux, aux usines Peugeot..., le tout moyennant moult discours filmés et retransmis en direct intégral ou en différé par LCI, BFM, ITV, voire TF1, France2, 3, M6, RTL et j'en passe.

Un discours par jour, ou presque : la veille, c'est sur les média électroniques, le lendemain, tout est repris dans la presse écrite. Ça permet d'occuper le terrain médiatique du 1er janvier au 31 décembre. Mais il faut croire que ça ne suffit pas. C'est dire si la méthode est inefficace, ce qui renvoie inévitablement à l'expression française : "parler pour ne rien dire !"

Donc, l'autre jeudi, El caudillo allait parler, sur la crise. Et moi qui avais encore à l'esprit le grand discours sur le plan de relance (Douai, 4 décembre 2008) !

Branlebas de combat du côté des chaînes de radio et de télévision ; déprogrammation, émissions spéciales, la grosse artillerie, quoi...


Génial, il va parler ! Nous a dit l'afficionado Jacques Séguéla, sans donner l'impression d'y croire vraiment : même pas deux ans et l'on nous parle déjà de quitte ou double !

Voilà qu'à nouveau la sinistrose, notre mal congénital, nous assaille : 62 % des Français doutent de l'efficacité du gouvernement, 10 % de plus qu'il y a deux mois. Nos PDG eux-mêmes raflent la palme des patrons les plus inquiets de la planète...

Pauvre Jacques Séguéla !

Morandini : ce soir, Nicolas Sarkozy sera donc sur trois grandes chaînes (hertziennes) au même moment..., sans parler des radios, de la TNT, du câble et du satellite...

Les Congolais (Zaïrois), qui ont connu Mobutu, se souviennent sans doute des harangues fumeuses du maréchal-président, toujours retransmises sur les ondes de la radio nationale, et ce, tous les jours !


... Et l'on se dit que c'est encore un chantier qui s'ouvre pour Nicolas Sarkozy, celui de changer et de moderniser ces vieilles habitudes de la Ve République...

Jean-Marc Morandini politologue ? Pourquoi pas ? En tout cas, je n'ai pas l'impression qu'il dise plus de conneries que d'autres, les politologues patentés !




... Finies les affirmations et les sentences élyséennes, à la place, le chef de l'Etat a multiplié les "idées", les "propositions" et les "pistes". "Je ne choisirai pas, je ne trancherai pas", a expliqué Nicolas Sarkozy, tout à coup modeste face aux défis soulevés par la crise économique et financière...

En attendant, lors des débats organisés le jour-même, notamment sur France 2, j'ai entendu (je n'ai pas regardé le conférence de presse du caudillo ; j'ai mieux à faire de mes soirées !) notamment Edwy Plenel s'insurger contre l'omniprésence du "je", quand Barack Obama insistait plutôt sur le "nous".


À ce propos, je ne résiste pas au plaisir de citer un papier de Milton Dassier - que j'ai trouvé fort drôle, quoique d'une drôlerie toute rentrée -, lu sur le fameux site lesOgres.


Autre citation, tout aussi drôle, extraite d'un papier de Catherine Nay (samedi 31 janvier 2009) sur Europe 1 : Si le roi est nu, c'est qu'il se sera déshabillé tout seul !

Surtout si le roi a tendance à prendre ses interlocuteurs pour des billes !



Le président explique : "Le Conseil des ministres propose un nom qui est envoyé au CSA. Si le CSA dit non, le Conseil des ministres doit redébattre et reproposer un nom. Si le CSA dit oui […], ce nom proposé part aux commissions des affaires culturelles de l’Assemblée et du Sénat, où, tenez-vous bien, il doit être accepté à la majorité des trois-cinquièmes. C ’est-à-dire, et j'y ai tenu, que l’opposition doit être d’accord avec la majorité pour accepter le nom.» Et de conclure : «Vous voyez qu’on est bien loin de la caricature d’un président de la République seul dans son bureau qui va nommer le président de France Télévisions.»


LES FAITS

Magistrale démonstration, sauf que Sarkozy a tout faux : c’est pour s’opposer au nom proposé que les commissions des affaires culturelles doivent avoir la majorité des trois-cinquièmes... non pour l'accepter. C'est plus qu'une nuance : une bonne partie de l’UMP devrait se joindre au PS pour faire capoter l’opération. Aucun des journalistes présents n’a relevé la contre-vérité. (Source : liberation.fr)

En l'occurrence, les "billes" en question sont des journalistes fort bien payés et censés maîtriser leur sujet.


Le pays d'Europe occidentale, voire de toutes les "grandes démocraties", qui me rappelle le plus ce climat propre aux républiques bananières, arachidières, cacaoyères, caféyères...


… Dame, le ciel vous comblait !
… Vous aviez le beau rôle.
… On aurait dit le roi !

(Extrait de Milord, chanté par Edith Piaf)

Étrange, tout de même, cette impression de délabrement généralisé : les enseignants, les lycéens, les Antilles, Gandrange, les parents d'enfants handicapés, l'audiovisuel public, la réforme de la carte judiciaire, les casernes fermées et la révolte des maires des villes de garnison, le pouvoir d'achat qui dégringole, le chômage qui n'arrête pas de grimper, le déficit commercial qui atteint des sommets, le PIB qui va être très mauvais, nous annonce Madame Lagarde, n'en jetez plus !

Les Guignols de l'info, sur Canal Plus, se seraient certainement écriés - mais peut-être vont-ils finir par le faire : "Putain, même pas deux ans !"


mardi 13 janvier 2009

Bananarama

13 janvier 2009 (+ petit supplément illustré du 26 janvier)


Dans la série "Ça ne vous fait pas froid dans le dos ?", ce réquisitoire tonitruant d'Ulysse Gosset à propos de France 24. Et là, on se dit que, décidément, les mauvaises habitudes ont la peau dure ! Le seul pays d'Europe occidentale qui me fasse penser à une "banana republic" !





Et comme dans toute bonne république bananière, arachidière, cacaoyère, sucrière, diamantifère, ananasière, pétrolière... le roi a décidé, et annoncé sa décision au hasard d'une conférence de presse. Du coup, tout le microcosme a considéré que c'était déjà fait ! Il n'était que d'entendre et de lire les journaux, dans lesquels tout le monde s'exprimait à l'indicatif, le conditionnel étant le mode de l'hypothétique, n'est-ce pas ?

- Comment ça, 'déjà fait' ?, s'interrogèrent quelques naïfs.
- Parce que vous ne savez pas ?, rétorquèrent les autres. Ici, quand le chef décide, c'est comme si c'était déjà fait ! Mais où vous croyez-vous donc ?
- Et ça sert à quoi d'avoir un parlement, des députés, des sénateurs ?
- Allez donc demander à Robert Mugabe !

Une qui aurait fait une excellente ministre de la culture au sein du gouvernement de Mugabe, c'est cette pauvre préposée au sale boulot, avec ses airs d'intermittente du spectacle :

- "J'ai demandé au PDG de France-Télévision de prendre lui-même la décision de supprimer la publicité à partir du 5 janvier 2009." a-t-elle annoncé, visiblement consternée à l'idée que l'ordre du caudillo ne soit pas effectif à la date annoncée du 5 janvier 2009.

La pauvre femme avait juste oublié que la loi, pardon, le projet de loi (!) n'était pas encore passé(e) au Sénat.

- Le Sénat ?




Les sénateurs haussent le ton ? C'est ce que nous verrons !

Un casus belli, avait tonné François Baroin à l'endroit des centristes, dans l'hypothèse où ces derniers ne voteraient pas le budget. Le président de la République s'appelait Jacques Chirac et Monsieur Baroin était ministre. Mais les choses ont-elles changé depuis ?

Il faut vous dire que, dans nos républiques bananières, arachidières, caféyères, ananasières, diamantifères, aurifères, pétrolières..., le caudillo décide de tout, le parti majoritaire, autrefois unique, se chargeant de relayer les moindres desiderata du caudillo.

C'est dire si nous sommes fort curieux de voir de combien de décibels le ton va monter dans les travées du Sénat, étant entendu qu'il n'est pas énormément monté dans les travées de l'Assemblée Nationale, où certains élus semblent avoir oublié ce principe fort simple : un(e) élu(e) qui se respecte n'a de comptes à rendre qu'à celui qui l'a mis(e) là où il(elle) est, lequel, s'agissant des députés, ne peut être que le peuple !



Petit supplément illustré (Télérama, semaine du 26 janvier 2009)

La Gauche en a rêvé !


Si j'ai bien compris, les Français auraient dû élire Ségolène Royal à la présidentielle de 2007 ! La belle affaire ! Il se trouve que je fais partie de ceux qui ont trouvé que Ségolène Royal a été, et de loin, la meilleure de tous les candidats, voire la meilleure candidate de gauche depuis fort longtemps. Seulement voilà, ce n'est pas moi qui décide. Mais entre nous, entendre qu'une mesure soit bonne parce que rêvée par la Gauche, ça ne vous donne pas envie de vous rouler par terre, de rire ?

Défaire la loi ? Il y en a à gauche qui l'annoncent, en cas d'alternance politique. Et c'est là que l'on aurait aimé entendre l'avis de Lionel Jospin, premier ministre entre 1997 et 2002, après un long passage au premier secrétariat du parti socialiste. Car c'est bien en qualité de Premier Secrétaire que M. Jospin nous a annoncé la renationalisation de TF1 (nous étions en 1987 ; l'interview doit se trouver dans les archives de l'INA) quand la Gauche reviendra aux affaires.

Tout le monde sait que Lionel Jospin, premier ministre, a renationalisé TF1 entre 1997 et 2002 !

Cette même Gauche nous avait annoncé, par la voix du ministre en charge de la Poste, Paul Quilès, que les PTT ne seraient jamais disloqués. Et puis on a vu la Poste être séparée de la téléphonie. C'était avant que le "brave" Michel Bon n'aille engloutir un petit paquet de milliards de pertes à la tête de France Télécom. Autrefois, on pouvait téléphoner dans tous les bureaux de poste, dans des cabines insonorisées. On pouvait même consulter les annuaires téléphoniques de toute la France, voire de l'Europe. Aujourd'hui, je défie quiconque de trouver un annuaire téléphonique opérationnel où que ce soit en France... Il faut dire qu'entre temps, France Télécom a mis en place des "agences commerciales" : des agences pour faire du commerce, pas pour servir la clientèle. Ce qui fait que, dans les agences commerciales de France Télécom, vous ne trouverez pas non plus le moindre annuaire téléphonique !

Pour mémoire :

Avril 1989 : M. Hubert Prévot, ancien commissaire général du Plan de 1981 à 1984, ancien secrétaire confédéral de la CFDT et membre du Parti socialiste, remet un prérapport à M. Paul Quilès, ministre des PTT de Michel Rocard, sur « la place du service public de la poste et des télécommunications » en France. Il évoque « un service public à vocation industrielle et commerciale, qui ne peut ignorer les lois du marché ».
Avril 1989 : M. Quilès, ministre des postes et télécommunications, estime, à propos du rapport Prévot, qu’« on ne dirige pas de grands ensembles comme les PTT avec un rétroviseur ni avec une godille ». Deux mois plus tard, il affirme que « le statu quo n’est pas possible, dans la mesure où il se traduirait par un déclin inéluctable et par l’abandon du service public ».
Mai 1990 : L’Assemblée nationale adopte la réforme des PTT par 284 voix (dont les 272 élus PS) contre 45 (dont les 26 députés communistes). Le 1er janvier 1991, La Poste et France Télécom perdent leur statut d’administration et deviennent deux établissements autonomes de droit public.
Mai 1992 : La Commission européenne publie un Livre vert favorable à un « dépoussiérage »des Postes nationales en introduisant des éléments de concurrence entre service public et entreprises privées.
Juin 1993 : la Commission européenne fixe au 1er janvier 1998 l’ouverture totale du secteur des télécommunications à la concurrence.
Juin 1999 : M. Karel Van Miert, commissaire européen chargé de la concurrence, explique : « La libéralisation du marché des télécoms était une priorité. Le développement technologique était tel que le monopole n’était plus de mise. Le service était souvent médiocre, les tarifs beaucoup trop élevés. Maintenant, que voit-on ? La création de plusieurs centaines d’entreprises, en France comme dans tous les autres pays de l’Union ! Quand on s’engage vraiment, il y a création nette d’emplois. »

"Le service était souvent médiocre." (sic), déclarait le bureaucrate bruxellois, qui demande à sa secrétaire de lui chercher un numéro de téléphone ; et, bien entendu, maintenant, le service est de grande qualité, tandis que les tarifs ont été tirés vers le bas.

Quand la droite se rêve en réalisatrice de rêves de gauche, on peut dire "qu'ensemble, tout est possible" !

Une "révolution socioculturelle"



Bonne question : la pub disparaît-elle réellement ?

Il paraît, donc, que nous allons avoir droit à une vraie révolution, et même socioculturelle, dixit Patrice Duhamel : finie la pub sur les chaînes publiques. La pub, oui, mais quelle pub ? Hermès, Givenchy, Lalique, les pianos Gaveau, Pleyel, Steinway, Bösendorfer..., ou des croquettes pour chiens et chats et des couches-culottes ? Parce que, jusqu'à présent, la pub à la télévision, c'est plutôt bas de gamme, si l'on excepte quelques marques automobiles.


Peut-on vraiment comparer de la publicité pour des pianos de concert et de la publicité pour des couches-culottes ? Au fond, n'est-il pas là, le principal handicap de la télévision française, à savoir son incapacité à attirer des annonceurs représentatifs de ces grandes maisons qui font la notoriété de l'industrie du luxe ?

Dans ces conditions, n'aurait-il pas mieux valu commencer par redorer le blason de l'audiovisuel public, en en faisant la vitrine de ce que la France, et le monde ont de plus prestigieux à offrir ? Pensons à Rolls-Royce, Ferrari, Bugatti, Daum, Vuitton et autres Cadillac...

Et, de fait, attirer les annonceurs les plus prestigieux aurait obligé la télévision de service public à ajuster ses programmes en conséquence, en les tirant vers le haut de gamme. Voilà ce que moi, j'aurais fait, au lieu de cette réforme bidon qui risque d'accoucher d'une souris.

Ils appellent ça une révolution socioculturelle. C'est ce que nous allons voir ! Et entre nous, j'ai comme un doute, surtout quand je vois qu'on (Duhamel Patrice) nous parle encore de "devoir d'audience" : signe d'une maîtrise plus qu'imparfaite de la langue française, l'anglais "the audience" (l'auditoire, donnée comptable) n'ayant que peu de rapport avec ce que d'aucuns appellent l'audience ! Maintenir le devoir d'audience ? Devoir fixé par qui ?

Le plus curieux, dans cette interview de M. Duhamel, c'est cette étrange phrase : "il sera d'ailleurs intéressant de voir comment vont se positionner les autres chaînes commerciales, comme TF1 ou M6." Notre directeur pensait-il vraiment ce qu'il disait ou sa langue a-t-elle fourché ? Les "autres chaînes commerciales" ? Autant dire que France 2, 3, etc. seraient donc des chaînes commerciales aux côtés de TF1, M6, etc. ? Le bel aveu que voilà !

Et l'on a vu : par un effet de mimétisme assez impressionnant, voilà que le JT de 20 heures de TF1 s'est mis à rapetisser tout d'un coup, après avoir subi une première retouche importante avec l'insertion d'une "enquête", pour répondre au "grand format" du JT de France 2.


Edito de Jean-Marc Morandini. Extraits :

"C'est une belle pagaille ! Un peu plus d'une semaine après la suppression de la pub sur France Télévision, force est de constater que personne n'y comprend plus rien quant aux horaires de début de programmes. Pourtant, au départ, les choses étaient simples. TF1 avait affirmé ne rien vouloir changer en commençant ses soirées à 20h50... Dix jours plus tard, où en est-on ? La Une ne cesse de changer ses horaires de prime au point qu'il est impossible de savoir avec précision quand les programmes débutent."

C'était à prévoir ; le comble est qu'il y en ait qui feignent de s'en étonner !

Et l'on se dit que c'est probablement là, et pas ailleurs, que devrait résider la révolution socioculturelle que Monsieur Duhamel Patrice nous annonce un peu présomptueusement : une révolution qui consisterait en un sevrage ou au cisaillement d'un cordon ombilical, voire à une séparation de frères siamois !



Frères siamois





Les "cent meilleures audiences" : TF1 = 96 %, autres = 4 %. Information ou propagande ?


Il faut comprendre que France Télévisions dépense des millions d'euros chaque année pour se payer des sondages bidonnés, le tout pour se retrouver parmi ces fameux 4 %, autant dire pour se contenter de miettes !

Comment ne pas voir qu'il y a un "syndrome siamois" entre TF1 et France 2, syndrome qui a vu, dans un premier temps, les journaux de 20 heures se prolonger de manière synchrone vers les 20 h 45, comme certains films (de l'équipe du Splendid, par exemple) ont été programmés au même moment (surtout de la part de TF1), pour contrer le film d'en face, sur France 2, comme d'étranges déprogrammations sont intervenues (surtout sur TF1) pour contrer la saga estivale ou l'émission spéciale du camp d'en face, comme Koh Lanta a souvent migré sur la grille des programmes, etc.

Il n'a donc pas fallu attendre longtemps pour voir TF1 ajuster son journal de 20h au seul journal concurrent, de l'avis des gens de TF1: le JT de France 2 ! Parce qu'à TF1, il va sans dire qu'il n'y a qu'une chaîne concurrente : France 2 ! Le plus incroyable est qu'ils ne cherchent même pas à s'en cacher !

M'enfin, s'écrieront quelques naïfs : il n'y plus de réelle concurrence, dès lors qu'il n'y a plus de pub sur le service public. TF1 devrait plutôt se polariser sur M6. Oui, mais c'est sans compter sur un atavisme ancien, qui veut que la télévision française soit encore dirigée par des dinosaures sortis tout droit du temps où il n'y avait qu'une ou deux chaînes ! Ce qui fait qu'on ne se reconnaît qu'un adversaire : l'adversaire historique ! Et tant pis si la TNT multiplie le nombre de chaînes hertziennes par trois, ou si le câble et le satellite drainent les chaînes par centaines ! Pour les gens de TF1, il n'y a qu'une chaîne concurrente - et c'est cette névrose qui devrait les perdre ! - : France 2, et le fait que cette dernière soit privée de publicité après 20 heures n'y change rien.

Ce qui révèle, au passage, la vraie raison d'être de l'audimat : faire du service public le chien-chien de TF1, ce qui est le cas depuis l'offre de la chaîne à Bouygues et qui nous ramène à des pratiques de banana republic, la France étant le seul pays du monde occidental où l'on ait offert une chaîne publique à un entrepreneur privé, chose que ni Margaret Thatcher, ni Silvio Berlusconi n'ont osé réaliser chez eux !

Partout ailleurs, l'apparition de chaînes privées s'est faite "sui generis", les chaînes en question ayant été créées à partir des seules ressources de leurs créateurs, à l'instar de Canal Plus ou de M6. Mais il a fallu qu'une droite particulièrement bête et stupide, puissamment secondée, il est vrai, par une gauche incompétente à force d'inconséquence (Lionel Jospin annonçant, en 1987, le retour de TF1 dans le giron du service public !), fasse cadeau à un entrepreneur privé d'une chaîne publique historique, ce qui, en soit, constitue une forfaiture.

Imaginons, un instant, que la Gauche française, par le truchement de ses deux principaux détenteurs de pouvoir des deux dernières décennies : François Mitterrand et Lionel Jospin, ait été douée d'imagination et d'intelligence politique, pour, par exemple, instaurer le principe du referendum d'initiative populaire, et qu'en 1987, le peuple français ait été saisi par referendum d'initiative populaire pour ou contre la privatisation de TF1...

Cette privatisation aurait été rejetée par les Français, et nous ne serions pas, actuellement, en train de perdre notre temps à épiloguer sur le bon ou mauvais usage de la dernière lubie d'un caudillo !

Et les jérémiades pleines de remords, assorties de larmes de crocodile, de celui dont tout le monde a oublié qu'il fut, un jour, Ministre de la Culture - funeste destinée que celle d'exécuteur/trice des basses oeuvres ! -, le pauvre François Léotard ("je regrette qu'il n'y ait pas eu de 'mieux disant culturel' sur TF1", expliquait-il à Michel Drucker.) - n'y changeront rien.

En son temps, Valéry Giscard d'Estaing rêvait déjà de démanteler l'ORTF, et il y est parvenu. Et pourtant, tout porte à croire qu'on n'en soit jamais sorti, de cet ORTF, TF1 et France 2 étant rattachées comme par un fil invisible qui tiendrait du cordon ombilical, ou pire, de la laisse qui relie le maître à son chien-chien !

Pourquoi s'étonner, dans ces conditions, que la disparition de la publicité sur le service public oblige TF1 à raccourcir ses propres journaux ? Il n'y a plus de publicité dans le camp d'en face, publicité récupérée par les chaînes privées ? TF1 devrait en être ravie ? Pas du tout ! Voilà la chaîne Bouygues qui s'énerve, s'agite, bouscule ses programmes, montre combien elle est facile à déstabiliser !



(...) La Une joue l'indifférence. Raccourcir le JT n'est pas à l'ordre du jour et on ne touche pas aux débuts de soirée... Cette bonne blague !

Parce que, plus importante apparemment que les recettes publicitaires est la publication quotidienne des sondages, le fameux "dimat" des Guignols de Canal Plus, fondé sur des bidonnages systématiques !


Le "quotidien de référence" des intellectuels français participe lui aussi au décervelage ambiant : ici, il n'est nullement question de la qualité des programmes ! A ce petit jeu, on en viendrait à croire que Marc Levy est un bien plus grand écrivain que Toni Morrisson, prix Nobel de littérature, tout simplement parce qu'il vend plus de livres qu'elle ! Le problème est qu'aux sondages publiés ci-dessus, il manque manifestement une information essentielle, que l'on a délibérément passée à la trappe : le mode de réalisation des enquêtes.

L'audimat, voilà la clé de la course au mimétisme évoquée plus haut. Et quand Monsieur Duhamel Patrice nous parle d'exigence d'audience, on est en droit de s'attendre au pire !



Gourdes et maquereaux










RTL, première radio de France, NRJ, première radio sur les jeunes, Skyrock, première radio Rap et R'n B, forte progression de l'audience d'Europe 1, BFM, première chaîne Info à la télévision, France Infos, première radio d'infos, etc.

Source unique de tous ces communiqués (faussement) triomphaux : la firme Médiamétrie, que j'ai coutume d'appeler ME(R)DIAMETRIE : principale responsable de la merdiocratisation des programmes de télévision et de radio en France, de la disparition de tant de programmes intelligents, vite remplacés par des jeux et talk shows de m...

Et quand Duhamel dit "devoir d'audience", tout le monde a compris que les sondages de ME(R)DIAMETRIE vont continuer de tomber tous les jours, repris par les gourdes et crétins de service sur RTL, Europe 1, France Infos, France Inter, voire Le Monde...



13 millions de téléspectateurs par-ci, 7,5 millions par-là, et encore 3 millions par-là, record d'audience par-ci, excellent score par-là... Ces organes de presse font-ils de l'information ou de la propagande, étant entendu qu'en la matière, ils sont juges et parties ? Et comment accorder la moindre crédibilité à ce genre de manipulation ?

Parce qu'il faut bien se poser la question de l'objectivité des organes de presse concernés, par rapport aux sondages de Me(r)diamétrie : n'est-il pas, en effet, étrange de constater que le grand public ignore tout ou presque de ce fameux organisme de sondages, qui semble s'exonérer des règles régissant le secteur ?

Me(r)diamétrie est, en effet, le seul organisme de sondages qui se permette de ne jamais afficher la fiche technique ad hoc, pourtant impérative, tout en affichant des résultats en millions de téléspectateurs, les deux paradigmes étant parfaitement incompatibles l'un avec l'autre. En effet : si l'on affiche une notice du type: sondage effectué auprès d'un panel de 3100 foyers, ce qui est le cas chez Me(r)diamétrie, il est absolument inimaginable que l'on affirme, dans la foulée, que telle chaîne a obtenu huit millions de téléspectateurs, telle autre 6,5 millions, etc., tout comme il est invraisemblable d'afficher une précision de l'ordre de la dizaine de téléspectateurs, comme cela nous est annoncé quotidiennement par la gourde de service du matin, sur RTL et autres crétins et idiots de service sur Europe 1, France Inter, France Infos, etc.

Voilà donc des organes de presse (TF1, M6, Europe 1, Le Monde, Télé Sept Jours, Télé Star, Télé Machin, Télé Chose..., RTL, Europe 1, France Inter, France Infos, etc.) pris en flagrant délit de publication de fausses informations. Désinformateurs professionnels, donc, qui choisissent délibérément de bidonner des informations, en dissimulant à leur public l'information essentielle : un panel microscopique de 3100 foyers. Tout le reste est bidon !

Et c'est là qu'on s'interroge sur les vraies motivations de France Télévision, de continuer à pratiquer ce culte des sondages bidonnés. Parce qu'enfin, les statistiques sont claires : ce système audimatesque n'a qu'un gagnant : TF1, qui peut, à juste titre, jouer les triomphateurs, grâce à des sondages bidonnés. Et que fait France Télévision ? Elle se couche !

Il faut dire que la tradition vient de loin, le premier grand responsable de cette couillonnade étant Hervé Bourges, ce donneur de leçons ! Car c'est bien lui qui a engagé France Télévision dans la course à l'audimat, les autres n'ayant fait qu'enfoncer le clou dans la marche à la dépendance par rapport à TF1, une sorte de téhefunisation. Et voilà comment le service public de télévision est devenu le chien-chien de TF1, se contentant des miettes d'audimat laissées par la Une...

Car, entre nous, comment ils font, les de Carolis, les Duhamel, pour ne pas se sentir humiliés par le fait de devoir toujours avoir TF1, cette chaîne bas de gamme, comme Alpha et Oméga ?

Une révolution socioculturelle ? Chiche ! Mais celle-là passe nécessairement par la libération du service public de l'audiovisuel du cordon ombilical qui le relie si étroitement, depuis plus de 20 ans, à la chaîne de Bouygues. En fait de cordon ombilical, je préfère parler de laisse, celle qui relie le toutou ou le chienchien à sa maîtresse : "Fais ici !", "Fais pas là", "Assis !", "Couché !"

Imaginez, une seconde, que le "roi de France" ait eu de l'imagination, et qu'au lieu de sortir de son chapeau cette histoire de fin de la publicité sur France Télévision et RadioFrance, il ait imaginé une expérience toute simple : deux semaines sans audimat sur les chaînes publiques, juste pour voir comment elles pourraient travailler sans la pression audimatesque.

Pas deux semaines sans pub mais deux semaines sans audimat, juste pour voir !

Au fond, il sert à quoi, cet audimat ? Je veux parler de cet audimat payé par France Télévision et Radio France ? Parce qu'il semble que de l'argent public soit injecté en masse dans les caisses de ME(R)DIAMETRIE, cette usine à bidonner les sondages, le tout pour un rendement plus que discutable.

On pensait que c'était aux annonceurs de chercher à apprécier l'étendue du retour sur investissement (publicitaire) en commandant les sondages ad hoc auprès des organismes spécialisés. Mais pourquoi l'audiovisuel public investit-il des millions pour une mission qui n'est pas la sienne ? Et pourquoi faut-il que France Télévision soit présente dans le capital de cette usine à fabriquer de la "M" qu'est ME(R)DIAMETRIE ?

Les sondages de Me(r)diamétrie sont des bidonnages qui relèvent des juridictions pénales au titre de la diffusion de fausses informations, et il est assez ahurissant que l'on (les pouvoirs publics, le CSA) continue de fermer les yeux sur ce scandale, comme on est estomaqué de voir l'argent public, via Radio France et France Télévision, couler à flots dans les caisses d'une entreprise dont les méthodes sont dignes de Josef Goebbels !

Et quand le président de France Télévision vient pleurnicher devant micros et caméras, en prétendant que les comptes n'y sont pas, visiblement, il se moque du monde ; et c'est là qu'on aimerait lui rappeler que si de l'argent manque dans les caisses, qu'il commence alors par ne pas en jeter par les fenêtres en en faisant cadeau à des désinformateurs professionnels ! Et qu'on ne vienne pas me dire qu'il n'y a que cette technique-là qui permette de consulter le public ! Ils sont des centaines de milliers à voter, tous les ans, pour l'élection de Miss France !



    • Interdire à Radio France et à France Télévision d'investir ne serait-ce qu'un centime d'euro dans une entreprise privée de désinformation, telle devrait être une des missions importantes des législateurs occupés à débattre de la réforme de l'audiovisuel public.

    • Interdire à Me(r)diamétrie de produire des sondages bidonnés, ainsi qu'à tout organe de la presse écrite ou audiovisuelle d'en publier, sous peine de sanctions pénales, telle devrait être une autre mission importante incombant au législateur ; on imagine, par exemple, un amendement au projet de loi sur l'audiovisuel.


    • Exiger de la gourde de service sur RTL ("la première radio de France !", en matière de désinformation, s'entend !) et des crétins de service sur Europe 1, France Inter, France Infos, Télé7 jours, Téléstar, Télémachin, Téléchose, Le Monde..., qu'ils mentionnent automatiquement les informations relatives à la date de réalisation d'un sondage ainsi que l'effectif du panel sondé (soit autour de 3000 foyers), tout manquement à cette procédure étant passible de sanctions tant civiles, pénales que financières.

    Parce qu'à la vérité, entre ME(R)DIAMETRIE et France Télévision, les liens ne sont pas ceux existant entre prestataire de service et client, mais bien ceux rattachant une prostituée à son ou ses souteneurs ou maquereaux, eux-mêmes étant en position de prostituées face à ces autres maquereaux que sont les annonceurs.


    (...) Jusqu'à présent, le sujet restait plus ou moins tabou dans les chaînes. Dépendantes de la publicité pour leur financement, et actionnaires de Médiamétrie... Où l'on apprend ce que l'on savait déjà depuis belle lurette : les téléspectateurs ne regardent pas les pubs ! (Le Monde-Télévision, 18.01.09)

    Cela dit, il n'est pas inenvisageable, de la part des pékins que nous sommes, d'engager des poursuites judiciaires, par exemple au pénal, contre tel(le) journaliste, organe de presse écrite ou audiovisuelle, coupable de diffusion de fausses nouvelles ou de mensonge caractérisé. Et les décisions de justice à venir ne manqueraient pas de faire jurisprudence.


    Kapos et garde-chiourme





    Faire désigner les dirigeants de l'audiovisuel public par leur employeur naturel qu'est l'actionnaire principal ? Pourquoi pas ? Le problème est que ce n'est le cas ni en Grande-Bretagne, ni en Allemagne, ni dans aucun pays développé de référence, l'Italie étant l'anomalie qui infirme la règle : Silvio Berlusconi aurait dû être interdit de toute pratique politique, étant donnée son implication dans les médias du pays, qui fausse singulièrement le jeu normal d'une saine compétition politique.

    On ne voit donc pas en quoi cette nomination par le "roi de France" ferait avancer les principes démocratiques laborieusement établis par les diverses lois sur l'audiovisuel, lois qui se sont toujours appliquées à (j'ouvre les guillemets) "libérer les dirigeants de l'audiovisuel public de la mainmise des politiques" (je ferme les guillemets).

    Mais au fait, qu'entend-on exactement par "actionnaire" ?

    La redevance de 116 euros, payée par tous les détenteurs d'un téléviseur, contribue bien à financer les chaînes de l'audiovisuel public, non ?! Ce qui fait des payeurs de ladite redevance des actionnaires de fait, non ?! Et voilà comment, forts de cette réalité, nos parlementaires vont nous concocter un bel amendement à la loi sur l'audiovisuel public, prévoyant la prise en compte de l'avis des contribuables payant la redevance audiovisuelle en leur qualité d'actionnaires de fait de l'audiovisuel public. Du coup, les PDG de France Télévisions et Radio France seraient bien désignés, non pas par un "actionnaire" (alias le gouvernement ou le 'roi de France'), mais bien par l'ensemble des actionnaires que sont les contribuables.

    Une désignation on ne peut plus démocratique ! Vous imaginez l'autorité dont jouirait un PDG de France Télévision ou de Radio France, qui aurait été élu par le peuple français ?

    Et là, je dis : CHICHE !

    Observons, en passant, que si, depuis François Mitterrand, on a bien tenté de couper le cordon (ombilical), ou mieux, la laisse faisant des dirigeants de l'audiovisuel public les chiens-chiens du pouvoir politique, avec ligne directe de téléphone, comme au bon vieux temps d'Alain Peyrefitte et d'un certain général, les employés de l'audiovisuel public, quant à eux, n'ont jamais bénéficié du moindre dispositif les protégeant des oukases de leurs dirigeants.

    C'est ainsi qu'on a pu voir, tout récemment, l'émission de Daniel Mermet (Là-Bas si j'y suis, France Inter), irrémédiablement déplacée de 17 heures à 15 heures, par décision du petit Staline (d'aucuns diraient du petit Kapo) de France Inter, et ce, malgré moult protestations des auditeurs, pourtant modestes et géniaux. Plus récemment encore, l'ami Frédéric Bonnaud a dû quitter précipitamment France Inter, pour avoir manifestement déplu à un Kapo, tout comme ce cher Frédéric Ferney a vu son émission littéraire, sur France 5, purement et simplement rayée de la carte par le petit Kapo de service. Je pense encore à RFI (laquelle, il est vrai, ne dépend pas du CSA, et alors ?) et à quelques mises au placard voire départs retentissants. Et comment oublier l'infortune d'Ulysse Gosset, que nous rappelons ici...




    Extraits :

    - Vous êtes viré de France 24, dont vous êtes un des fondateurs. Pourquoi ?

    - Je me pose toujours la question et je ne suis pas le seul. (...) Quant à l'audience, je suis consterné. Nous n'avons jamais eu les audiences, on les demande, mais en vain. Alain de Pouzilhac fait référence à une étude totalement mystérieuse (...) réalisée sur 240 personnes dans 4 pays. Qu'il la publie, cette étude !

    Où l'on voit que l'audimat est aussi, et surtout, un outil de coercition utilisé par les dirigeants de chaînes pour justifier quelques réglements de comptes internes et quelques mises au placard. On voit bien que c'est un instrument qui n'apporte strictement rien dans l'amélioration des rapports entre les chaînes et le public. Ce n'est qu'un instrument de propagande et de coercition.



    Les chaînes privées continuent à raisonner en Audimat plutôt qu'en qualité des programmes... Elles ont tort.

    Ce lecteur du Monde.fr a aussi tort en accusant les seules chaînes privées de s'adonner encore au dieu Audimat. Les chaînes publiques continuent, elles aussi, de pâtir du manque d'imagination de leurs dirigeants, en raison, notamment, des liens de subordination les rattachant à Me(r)diamétrie, l'argument du manque d'audience de telle ou telle émission n'étant qu'un prétexte fallacieux. Pensons à Animalia, Cinéma Cinéma, Moi je, au Divan de Chapier, et autres programmes de référence.

    Autant dire qu'inventer une Haute Autorité ou un CSA pour, soi-disant protéger les dirigeants de l'audiovisuel de l'ingérence des politiques était une mesure nécessaire mais manifestement insuffisante !

    Et c'est là que j'entends, un jour, à la télévision, ce spot où l'on nous assène qu'à France Télévision, le premier partenaire, c'est vous ! Et là je me dis : "Non, mais sans blague ! Nous prendrait-on enfin au sérieux, nous autres chers téléspectateurs et chers z'auditeurs ?!" Parce que, si on commence à tenir compte de nos desiderata, alors, du coup, on va l'avoir, la fameuse révolution socio-culturelle chère à Monsieur Duhamel Patrice ! Le fait est que le site Internet de France Télévision recueille désormais l'avis des téléspectateurs, que l'on peut, ainsi, "sonder" de manière rapide et peu coûteuse ! Autant dire que l'audimat est en train de vivre ses derniers instants !

    Star Académie, Nouvelle Star, Élection de Miss France... : le public appelle, et, en temps réel, son avis est enregistré et peut faire basculer un résultat. Sur RTL, tous les week-ends, l'émission Stop ou Encore permet aux auditeurs d'influer sur une programmation ; il y avait aussi cet ancien programme du samedi, sur TF1, qui permettait aux téléspectateurs de choisir les séries diffusées dans l'après-midi ; on a encore le Téléphone sonne, sur France Inter, C dans l'air, sur France 5, toutes émissions faisant copieusement appel à l'avis du public...

    Et l'on continue de nous imposer de nouveaux programmes, voire à nous priver d'émissions, uniquement par voie d'oukases à la mode stalinienne, en se moquant éperdument de l'avis du public.

    Et si députés et sénateurs faisaient preuve, une fois n'est pas coutume, d'un peu d'imagination, en nous amendant cette ineptie concoctée par l'intermittente du spectacle du ministère dit de "la culture" ? Cela pourrait prendre, par exemple, la forme d'un amendement au projet de loi sur l'audiovisuel public, amendement imposant que le public soit massivement consulté avant toute déprogrammation ou modification de programme. Le même amendement pourrait accorder un droit de veto au personnel des chaînes lors de la nomination d'un chef de service voire de la (pro)déprogrammation d'une émission.

    En bon français, ça s'appelle la démocratie !

    Les outils ? Le téléphone, les SMS, Internet, etc.

    Rêvons un peu, et supposons que les dirigeants de l'audiovisuel public aient - une fois n'étant pas coutume ! - un peu d'imagination. Ça pourrait nous donner, par exemple, sur France 2, 3, 4, 5, entre les émissions, de petits spots invitant les téléspectateurs à noter l'émission qu'ils viennent de voir ou qu'ils vont voir, en se connectant sur Internet ou via le téléphone. Et à la fin de l'émission, on nous afficherait, en direct, les statistiques élaborées par les ordinateurs, sous la forme, par exemple, d'un camembert, avec en vert, ceux qui ont adoré l'émission, en orange ceux qui l'ont trouvée intéressante, et en rouge ceux qui ont détesté. Thierry Ardisson avait déjà eu cette idée, lorsqu'il animait son fameux ARDIMAT, sur la Cinquième de Berlusconi, me semble-t-il. Mais je ne pense pas qu'il soit propriétaire du concept consistant à faire noter une émission par le public !

    On pourrait même imaginer une émission du type de l'"Hebdo du médiateur", au cours de laquelle le médiateur en question viendrait commenter, en compagnie de tel animateur, journaliste ou producteur, les résultats des statistiques hebdomadaires.

    On me dit que France Télévision concocte déjà une sorte de Qualimat ?




    France Télévisions publie, depuis un an, un baromètre qualitatif mensuel portant sur les programmes de 1ère et de 2ème partie de soirée pour France2 et France3, et sur l'ensemble des émissions de France5. Les notes sont données par un panel de plusieurs milliers de téléspectateurs, représentatif de la population...

    Ben voilà une idée qu'elle est bonne, comme aurait dit Coluche. Je suggère seulement d'aller plus loin : ce "qualimat"-là est mensuel. Pourquoi ne pas le rendre quotidien ? Et puis, pourquoi se contenter d'un panel soi-disant représentatif ? A la Nouvelle Star ou à Star Académie, pour l'élection de Miss France, c'est bien en temps réel que les votes du public sont pris en compte, non ?

    France Télévisions a largement les moyens d'innover en matière de consultation du public, et si, d'aventure - ce dont je doute -, Thierry Ardisson était le propriétaire du concept de la notation des émissions en direct par les téléspectateurs, alors il faudra lui en payer un bon prix, qui sera, de toute façon, bien inférieur aux paquets de millions d'argent public que l'on dilapide chaque année au profit de Me(r)diamétrie.

    Ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est que les dirigeants de l'audiovisuel, public et privé, n'aient pas encore réalisé que l'on avait changé d'époque : une de mes voisines, qui avait besoin de faire vérifier son installation de télévision par câble, m'a prié de lui donner un coup de main pour localiser des chaînes arabes. J'ai pris la télécommande et appuyé six cents fois sur le bouton ; à chaque fois, j'ai entendu une nouvelle langue ; la chose m'a pris une bonne vingtaine de minutes. Et l'on nous annonce des chaînes de télévision sur téléphone portable et autres gadgets portatifs.

    Autant dire que l'audimat et la télévision de Grand Papa, c'est vraiment de l'histoire ancienne !